Route du Rhum

Belle victoire de Lionel Lemonchois en 7 jours 17 heures 19 minutes et 6 secondes sur une distance de 3543 milles.
Par AXEL CAPRON
De Sports.fr
Source Linternaute.fr


Cette fois, c’est bel et bien fait! Après un ultime tour de Guadeloupe, Lionel Lemonchois a coupé le premier la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre de la huitième Route du Rhum lundi matin à 6h21, heure française. A bord d’un Gitana 11 particulièrement à l’aise dans les conditions de brise au portant rencontrées depuis le départ de Saint-Malo, le Normand a en outre écrasé l’ancien record de Laurent Bourgnon de 4 jours et 15 heures, mettant 7 jours 17 heures et 19 minutes à la vitesse moyenne de 19,11 noeuds pour «avaler» à grande vitesse les 3543 milles du parcours.


Lemonchois a rêvé de soulever la coupe du vainqueur, elle est à lui !
Les derniers milles dans la nuit tombée sur la Guadeloupe ont dû lui paraître aussi long que sa grosse semaine de mer depuis le départ de Saint-Malo! C’est après avoir viré la bouée de Basse-Terre puis s’être engouffré dans le large canal des Saintes, entre Trois-Rivières et Terre-de-Haut, que Lionel Lemonchois, accompagné de nombreux bateaux venus célébrer son arrivée, s’est présenté à vue de la ligne d’arrivée de la huitième Route du Rhum, mouillée devant le Créole Beach Hôtel, à Gosier, finalement franchie à 1h21, heure locale (6h21 en métropole) après exactement 7 jours 17 heures 19 minutes et 6 secondes.

A la phénoménale vitesse moyenne de 19,11 noeuds, le Normand raye ainsi magistralement des tablettes, pour 4 jours 15 heures et 22 minutes, le précédent record de Laurent Bourgnon, qui datait de 1998. Le skipper de Gitana 11 a su profiter des conditions particulièrement favorables de cette transat avalée au portant dans la brise pendant sa quasi-totalité pour écrire un nouveau grand chapitre d’une épreuve qui en compte déjà un paquet de savoureux. Et si à l’arrivée, c’est ce marin taiseux de 46 ans qui s’impose au nez et à la barbe des Cammas, Coville, Desjoyeaux, Bidégorry, Ravussin, Bourgnon et Gautier, également donnés gagnants sur les pontons de Saint-Malo il y a une bonne semaine, c’est parce que l’homme aura non seulement effectué un sans-faute stratégique, se tirant brillamment des trois-quatre coups importants à négocier sur la route des Antilles, mais surtout aura mené un rythme d’enfer qui a fini par avoir raison de la concurrence, saoulée de coups.

« Sa course est exemplaire, reconnaît fair-play celui qui prendra sans doute la deuxième place, Pascal Bidégorry. C’est le bateau qui a le plus attaqué dans des conditions de vent fort. J’ai eu des souvenirs de discussions avec Jojo et Charles (Josse et Caudrelier, routeurs de Banque Populaire, ndlr), moi, je leur disais que je n’irais pas plus haut que ce que je faisais là. » Ce que Thomas Coville, qui devrait compléter le podium sur Sodeb’O, confirme, impressionné par la cadence imposée par le vainqueur du Rhum 2006: « Il a montré qu’il était le plus fort et de loin. Ces bateaux aux allures portantes dans l’air sont à la limite tout le temps, je pense que certains ont été plus proches de la limite ultime de se retourner que moi. Pour gagner des courses en solitaire, il faut être plus extrême que je ne l’ai été. J’ai eu du mal à passer ce cap où il fallait que j’enlève le soupçon de raisonnable qu’il fallait avoir pour être au niveau de Lionel Lemonchois. »

« Lionel a été sur le fil du rasoir »

Plus de 19 noeuds de moyenne pour Gitana 11!
Plus de 19 noeuds de moyenne pour Gitana 11!
(Y. Zedda)

En clair, le skipper de Gitana 11 a repoussé pendant cette grosse semaine de mer les limites de la navigation en solitaire en multicoque, au point de faire passer pas mal de frissons dans le dos de ses supporters et d’apparaître aux yeux de certains comme un imprudent casse-cou. « On a pensé plusieurs fois qu’à ce rythme, un ou deux mecs allaient finir par se mettre sur le toit, reconnaît notre consultant Yann Eliès. Finalement, c’est passé, Lionel a joué sur le fil du rasoir, il a été à deux doigts de basculer du mauvais côté. » Effectivement, à deux reprises, le skipper de Gitana 11 aurait pu passer du statut de leader provisoire à celui de premier à abandonner. La première, avant les Açores, lorsque, en pleine nuit, son trimaran se planta dans une vague avant de se redresser… du bon côté après quelques secondes qui ont dû lui paraître une éternité. La seconde lorsque, tombé dans les bras de Morphée, il finit par se réveiller alors que les conditions avaient entre-temps considérablement forci. « Yann Guichard (son routeur, ndlr) essayait de me réveiller depuis tout ce temps! On s’en sort bien! Quand je me suis endormi, j’avais 15 noeuds de vent, le bateau marchait à 22-23 noeuds, c’était paisible mais là, les conditions ont changé… Le bateau marche à 28 noeuds sur la route ! », constatait-il avec soulagement une fois la frayeur passée.

Mais même à ce moment et avec une avance qui commençait à se compter en dizaines de milles sur ses poursuivants, le skipper de Gitana 11 ne songea pas à appuyer sur la pédale de frein. « Quand on navigue sur ce genre de bateau, on prend des risques, maintenant il faut les doser. Je me suis fait surprendre, je n’ai pas pour autant réduit, j’ai continué à mettre la poignée dans le coin », racontait-il samedi à quelques heures de son triomphe annoncé, après avoir encore profité de la nuit pour en remettre une couche et se mettre à l’abri définitif du retour de Pascal Bidégorry « pour aborder ce tour de Guadeloupe de façon sereine. » Un tour de Guadeloupe en forme de tour d’honneur pour ce skipper qui remporte là sa première grande victoire en solitaire, lui qui s’était jusqu’ici illustré dans l’ombre des plus grands, glanant des succès de prestige auprès de Karine Fauconnier, Franck Cammas, Bruno Peyron ou… Pascal Bidégorry.

« Je pense que j’en serai fier »

De quoi savourer davantage cette Route du Rhum triomphale: « Oui, c’est sûr que quand on gagne à plusieurs, on la partage. Là, je la partagerai avec mon équipe technique, mais sur l’eau, c’est clair que c’est moi qui l’ai gagnée, je pense que j’en serai fier. » Et il peut, lui qui, avant le départ ne cachait pas sa détermination à l’idée de terminer sur la première marche du podium: « Prendre le départ de la Route du Rhum, je l’ai rêvé. J’ai toujours pris le départ avec mental de gagner, j’ai un peu ce genre d’habitude de dire que je vais gagner, ça fait partie de ma préparation mentale. On ne peut pas gagner si on n’est pas persuadé qu’on peut le faire. Ça se réalise aujourd’hui, c’est fabuleux, devant un tel plateau, je ne pouvais pas rêver meilleur scénario. »

Ce scénario, c’est Lionel Lemonchois qui l’a écrit, menant de main de maître un Gitana 11 (l’ancien Belgacom de Jean-Luc Nélias) réputé pour sa fiabilité et ses performances au portant dans la brise. Il a aussi pu compter sur une équipe créée il y a quelques années par le passionné baron Benjamin de Rothschild, armateur des Gitana, et dirigée depuis avril par Loïck Peyron qui a su lui faciliter la tâche en le débarrassant de tout le travail périphérique pour lui permettre de ne se concentrer que sur son sujet, la navigation à très grande vitesse. « C’est comme ça qu’il s’exprime le mieux, confirme Peyron, il est efficace quand il n’a pas trop d’emmerdements. » Ce que Roland Jourdain, qui connaît bien son Lionel, soulignera lui aussi avec justesse: « Une des clés de la réussite, c’est qu’il a eu l’esprit dégagé de la lourdeur, de la responsabilité d’un projet, il est venu là juste pour donner le meilleur, pour l’action. » L’homme n’était pas pour autant dépourvu de pression, lui qui est arrivé dans le projet au dernier moment, fin juillet, à la place de Fred Le Peutrec, remercié pour insuffisance de résultats. « Je trouve que Gitana, on a l’étiquette de la famille plus propriétaire que sponsor, on est les deux. D’un point de vue travail et devoir de résultats, on fonctionne comme n’importe quelle équipe, on n’est pas là pour jeter de l’argent par les fenêtres, on est là pour faire des résultats et que ça gagne. »

Le retour sur investissement se solde par une victoire historique pour un marin qui succède à Mike Birch, Marc Pajot, Philippe Poupon, Florence Arthaud, Laurent Bourgnon et Michel Desjoyeaux au palmarès de la Route du Rhum, de quoi faire le fier !

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